Votre professionnel de la santé est-il qualifié et reconnu?

Médecin, chiropraticien, physiothérapeute, etc.

Que savez-vous de la formation de votre médecin ou de celle de votre ostéopathe ? Un massothérapeute possède-t-il les mêmes diplômes qu’un physiothérapeute ? Quelles sont les obligations d’un chiropraticien par rapport à celles d’un spécialiste du reiki, d’un réflexologue ou d’un homéopathe ? Les ostéopathes québécois, canadiens et américains ont-ils des parcours identiques ? Dans le domaine de la santé, les professions ne sont pas toutes également reconnues, et la situation en dérange plusieurs.

Le secteur de la santé a vu apparaître au fil des ans une multitude de disciplines. Ainsi, aujourd’hui, en plus des professionnels reconnus depuis longtemps, comme les médecins, les physiothérapeutes et les chiropraticiens, on compte des praticiens tels que des massothérapeutes, naturothérapeutes, homéopathes et ostéopathes.

De nouvelles disciplines moins connues se dénombrent maintenant par dizaines, de la magnétothérapie (soigner des maladies à l’aide d’aimants), à la lithothérapie (recours à des cristaux, des roches et des minéraux), en passant par la phytothérapie (utilisation de plantes médicinales), le reiki (soins manuels par transmission d’énergie), l’apithérapie (utilisation des abeilles pour soigner), la chromathérapie (emploi des couleurs pour soulager les pathologies), etc.

La plupart de ces champs sont toutefois caractérisés par des vides juridiques, contrairement aux professions plus traditionnelles. Par exemple, alors qu’un docteur en chiropratique doit consacrer à son apprentissage cinq années complètes en plus d’un internat de 16 mois, un ostéopathe peut pratiquer sans avoir obtenu un seul crédit universitaire (le titre d'ostéopathe est protégé dans certaines provinces mais pas au Québec, ni en Ontario, en Colombie-Britannique et en Nouvelle-Écosse).

Une meilleure protection du public
De tels secteurs ne sont donc pas encadrés par l’Office des professions du Québec (l’organisme qui veille à ce que les professions s’exercent et se développent en offrant une garantie de compétence et d’intégrité). Celui-ci regroupe actuellement 45 ordres professionnels, dont le Collège des médecins, l’Ordre professionnel de la physiothérapie et l’Ordre des chiropraticiens du Québec.

La cœxistence de disciplines fortement encadrées avec des métiers non assujettis à des législations n’est pas du tout souhaitable, estime le président de ce dernier regroupement, le Dr André-Marie Gonthier. « Notre volonté n’est pas de voir ces disciplines disparaître, mais plutôt qu’elles soient mieux contrôlées dans l’optique de bien protéger les utilisateurs. » À ce chapitre, il cite le cas de gens qui consultent des non-spécialistes pour des maux de dos et qui se retrouvent tout de suite en traitement, sans même avoir passé l’étape des tests et des examens, un non-sens, selon lui. « Le jugement d’une pathologie doit être clinique, pas personnel. »

Pour le dirigeant, personne n’a d’objection à reconnaître ces professions en autant que leurs praticiens démontrent clairement leurs connaissances. « Cela éviterait, par exemple, que quelqu’un se prétende ostéopathe alors qu’il détient un baccalauréat en histoire ou encore qu’une personne, face à une pénurie de travail dans son domaine, s’improvise ostéopathe. »

Le Collège des ostéopathes canadiens reconnaît d’ailleurs cet imbroglio dans un texte publié sur son site Web intitulé La règlementation de l'ostéopathie au Canada : un fouillis monumental. On peut notamment y lire : « La triste réalité est que n'importe qui peut s'ouvrir un cabinet d'ostéopathe, dans les provinces mentionnées plus haut (Québec, Ontario, Colombie-Britannique, Nouvelle-Écosse), et y traiter des patients sans qu'aucune agence gouvernementale ou loi ne régisse leur pratique ou compétence. À notre avis, cette situation constitue un danger certain pour le public. Le citoyen moyen est donc laissé à lui-même parmi ce méli-mélo de pseudo-ostéopathes et n'a malheureusement aucun moyen de différencier le vrai du faux. »

Déplorant ce manque de standardisation, le Dr Gonthier compare la situation au Québec à celle du reste du continent nord-américain. « Aux États-Unis, dit-il, un ostéopathe doit se soumettre à six années d’études spécialisées avant de pouvoir pratiquer. À l’opposé, chez nous, on trouve en ostéopathie des gens aux formations totalement différentes : en kinésiologie, en sciences infirmières, etc. »

Précisant que cette situation s’observe dans plusieurs autres professions de la santé, le spécialiste parle d’un phénomène de deux poids, deux mesures. « Pourquoi faudrait-il tolérer que tout notre secteur soit régi avec moins de rigueur que le droit ou l’ingénierie ? Il n’existe pourtant pas deux types d’avocats ou deux catégories d’ingénieurs. »

Exigences toujours plus élevées
Ces flottements quant à la formation et à l’obtention de diplômes reconnus vont à l’encontre des tendances actuelles, ajoute pour sa part Lucie Forget, présidente et directrice générale de l’Ordre professionnel de la physiothérapie du Québec. Elle explique que les disciplines de la santé, les techniques et les technologies inhérentes évoluent rapidement, ce qui nécessite d’accroître les niveaux de connaissances.

« Ainsi, dit-elle, alors qu’un baccalauréat en sciences de la physiothérapie permettait autrefois d’obtenir le titre de physiothérapeute, il faut, depuis deux ans, décrocher une maîtrise à laquelle s’ajoute un stage. De fait, même au milieu des années 80, il fallait déjà obtenir 108 crédits au lieu des 90 habituels. Nous devons donc constamment nous ajuster pendant que d’autres disciplines, elles, comptent des intervenants aux formations variables et avec des diplômes non reconnus. » Elle s’inquiète donc de constater qu’un utilisateur ne peut pas savoir avec qui il traite et, par conséquent, obtenir la garantie que ce professionnel est pleinement qualifié. « Par exemple, confie-t-elle, on m’a déjà parlé d’un réflexologue dont l’apprentissage se limitait à… 18 heures de cours. »

Cela dit, certaines disciplines exigent un nombre minimal d’heures de formation. Ainsi, à l’Association des massothérapeutes professionnels du Québec, on mentionne que pour être reconnu, un praticien devra avoir accumulé un total de 2 200 heures de formation « à l’école ». L’école en question ne fait toutefois pas partie du réseau collégial ou universitaire du Québec. La liste des institutions comprend plutôt des endroits comme la Conscience globale de l’Être, l’École de massothérapie humaniste ou le Centre d’épanouissement psycho-corporel.

La situation pourrait toutefois changer d’ici les prochaines années, explique Richard Boivin, vice-président du Syndicat professionnel des homéopathes du Québec, qui regroupe quelque 200 praticiens. En effet, des discussions sont en cours avec l’UQAM afin d’établir une formation de cinq ans (deux années de tronc commun et trois ans de spécialisation) destinée à l’obtention d’un certificat en approche intégrée en santé et en vue de former des naturopathes, ostéopathes et homéopathes. « Cela constituerait une étape importante vers une reconnaissance professionnelle, en plus d’éliminer les charlatans », dit-il.

Dans un autre registre, le Dr Yves Robert, secrétaire du Collège des médecins, évoque l’adoption récente de la loi 21, qui vient clarifier le statut de psychothérapeute, jusque-là non encadré. « Ne soyons toutefois pas dupes, prévient-il. Malgré de telles initiatives, on verra toujours apparaître d’autres disciplines liées de près ou de loin à la santé et qui ne reposent pas nécessairement sur des fondements scientifiques, les coaches de vie étant l’exemple le plus actuel. »

Avec la reconnaissance, viennent les obligations
Outre l’absence d’encadrement et d’imposition de normes relatives à la formation, les chiropraticiens déplorent aussi le manque de mécanismes de contrôle quant aux allégations que peuvent émettre certains intervenants. « Dans la perception du grand public, un traitement chiropratique, ça craque, tandis que des soins d’ostéopathie, c’est tout doux, raconte le Dr André-Marie Gonthier. Par conséquent, quelques-uns en profitent pour prétendre pouvoir guérir avec presque rien. »

Même son de cloche chez les physios. « Nos obligations viennent avec notre titre, signale Lucie Forget. Nous ne pouvons pas affirmer n’importe quoi aux gens et promettre des guérisons quasi miraculeuses simplement pour leur jeter de la poudre aux yeux. C’est d’autant plus vrai dans le cas de la physiothérapie, où nous devons préciser à nos clients qu’en plus de nos soins, ils devront fournir un effort physique afin d’atteindre le but visé. En revanche, certaines disciplines font miroiter des résultats pratiquement en claquant des doigts. »

À l’Office des professions du Québec, on reconnaît que de telles situations sont possibles. On estime néanmoins que le public est bien protégé dans le contexte actuel. « Le préjudice fait foi de tout, indique Carole Rocheleau, responsable des communications. Les disciplines où les erreurs pourraient entraîner des conséquences graves sont présentement toutes encadrées. Par contre, des domaines comme la massothérapie ou la naturopathie, où le niveau de risque est faible, ne serviraient pas nécessairement mieux leur clientèle si leurs praticiens étaient tenus d’adhérer à un ordre professionnel. »

La porte-parole compare de tels domaines à celui de la planification financière. « Les planificateurs ne font pas partie d’un ordre. Toutefois, il existe des structures, dans ce cas-ci l’Autorité des marchés financiers, qui encadrent leurs activités. » Elle ajoute que l’implantation d’un ordre professionnel implique de multiples contraintes : formation d’un comité de révision, mise en place d’un conseil de discipline, adoption d’un code de déontologie, choix d’une direction générale, production d’un rapport annuel, etc.

De l’interdisciplinarité à la multidisciplinarité
Pour le Dr André-Marie Gonthier, le laisser-aller actuel va à l’encontre d’une tangente que prend de plus en plus le secteur de la santé. « Autrefois, nous étions dans une situation d’interdisciplinarité. Aujourd’hui, nous sommes davantage dans la multidisciplinarité, où un spécialiste va poser le diagnostic, puis va référer à un autre pour le traitement. S’il est de notre devoir de toujours renvoyer vers le professionnel le mieux qualifié, il est aussi nécessaire que l’ensemble de notre secteur soit encadré plus efficacement et que toutes les professions dites médicales soient soumises à des règles claires. »

Signalant que les médecins ont été parmi les premiers à partager divers actes médicaux, notamment avec les ergothérapeutes, les inhalothérapeutes, les anesthésiologistes et les infirmières, le Dr Yves Robert insiste sur la nécessité pour les praticiens des disciplines concernées de démontrer leurs fondements. « C’est ce qu’ont fait les acupuncteurs, lesquels étaient abrités par le Collège des médecins jusqu’à ce qu’ils soient reconnus par l’Office des professions. »

Évoquant à son tour la multidisciplinarité, Carole Rocheleau mentionne des reconnaissances apportées au fil des ans. « Nous n’avons pas les yeux fermés et évoluons avec la société. Par exemple, nous avons reconnu des gens comme les sages-femmes. Parce que les exigences en matière de formation sont maintenant bien définies, elles sont désormais complémentaires au travail des médecins et autres professionnels. » En somme, avec la connaissance, vient la reconnaissance.

Décembre 2009 – Janvier 2010
par François Perreault










Mots clés pour cet article
chiropratique, physiothérapie, homéopathie, naturopathie, médecin, encadrement des professions de la santé, protéger le public