Conciliation, travail, famille… et autres

De la guerre au partage des minutes

Une seule voie est ouverte sur le pont. Il me faudra vingt minutes de plus. La réunion est à 9h30. Mère cruelle qui doit pousser son cher petit ange à avaler en vitesse son petit déjeuner, car il faut se pointer à temps à la garderie... Employée indigne je serai si je me présente en retard au boulot.

La marmaille de grand-mère, elle, n'était peut-être pas pressée mais laissée à elle-même pendant que maman lavait et cirait les planchers, préparait le repas et nourrissait le bétail alors que papa était au front ou à l'usine...

La nécessité de concilier travail, famille et autres responsabilités n'est pas propre à l'ère postindustrielle. Elle a simplement changé de visage et de terreau.

«Avec la mondialisation, les entreprises souhaitent que les employés s'adaptent à tous leurs besoins, notamment en leur imposant des horaires atypiques», explique Nathalie St-Amour, professeure au Département de travail social et de sciences sociales de l'Université du Québec en Outaouais (UQO) et co-auteure d'une étude sur la difficulté de concilier travail-famille.

Le manque de temps (au Québec, 85% des travailleurs affirment en «souffrir»), mais également la culpabilité des parents minent la conciliation travail-famille. «Pourtant, consacrer une dizaine de minutes à son enfant le soir pour lui dire qu'on l'aime peut parfois être suffisant...», souligne Martyne Huot, fondatrice et responsable du Réseau Familles d'aujourd'hui.

L'État, les entreprises et les parents doivent tous poser leurs briques à l'édifice de la conciliation, selon Mme St-Amour. Congés parentaux et garderies, certes oui, mais «les entreprises doivent absolument aussi mettre en place des mesures de conciliation travail-famille», soutient-elle.

Aux dires de Mme Huot, le poids de la responsabilité repose surtout sur les épaules des parents. Après avoir effectué un «bon ménage dans sa tête» en définissant ses objectifs, il faut «nettoyer» sa maison en se défaisant de tous ces objets inutiles qui engendrent du gaspillage de temps: est-il par exemple indispensable de laisser à la vue ce couvert de cristal qu'il faut astiquer chaque semaine?

«Il faut voir aussi si l'on peut mieux s'organiser au travail, comme en faisant clairement part à son employeur de ses contraintes», ajoute Mme Huot.

Enfin, suggère-t-elle, on devrait en dernier lieu procéder à une «mise au point» avec les enfants. Ainsi, fiston veut jouer au soccer mais l'activité soumettrait toute la famille à des entorses pénibles à l'horaire? Tâchons de trouver une alternative...

«Il faut adapter la vie de notre enfant à la nôtre et non l'inverse, comme beaucoup de parents le croient...», signale-t-elle, en ajoutant que les parents éreintés ne devraient pas hésiter à solliciter l'aide des réseaux de familles, ou même celle de leurs voisins.

Enfin, appliquez les bonnes vieilles astuces d'organisation: cuisiner en double pour la congélation, corvées ménagères en famille le samedi matin, le bain des bambins une fois par semaine, et bien d'autres trucs infaillibles. Et pourquoi pas un pique-nique à la maison avec repas congelé et assiettes de carton le vendredi soir? Avec des soirées calmes, les matins fous sont moins éprouvants...

Septembre - Octobre 2009
par Josée Descôteaux










Mots clés pour cet article
conciliation travail-famille, congés parentaux, garderies, éliminer le gaspillage de temps, horaires atypiques, dire je t'aime à son enfant