Combattre les tics nerveux

Les tics vous font tiquer? Vous pouvez les réprimer!

Il faut replacer la nappe. Faire disparaître cette satanée tache sur la robe de votre cadette. Tout en frottant, vous empoignez le téléphone de l'autre main pour modifier la commande pour le traiteur. Entre deux tâches vous supputez: tout à l'heure, il faudra vérifier vos courriels, consacrer quelques minutes pour un brin de toilette et préparer les amuse-gueule. Pendant que votre cerveau cogite, vos dents, elles, grincent.

Certaines personnes se rongent les ongles de façon démesurée, d'autres haussent fréquemment les épaules, sans raison, et sur le visage de ceux-là on perçoit les soubresauts incessants de la joue. Tout comme l'hôte préoccupée ci-dessus qui fait grincer ses dents, ces actions obsessives sont des tics nerveux qui peuvent provoquer un mal-être récurrent chez les personnes qui en sont affligées.

Contrairement à ce que laisse croire son appellation, le tic nerveux n'est pas forcément causé par le stress, affirme Kieron O'Connor, psychologue clinicien et chercheur au Centre de recherche Fernand-Séguin (CRFS), où il a établi un programme de recherche axé sur le trouble obsessionnel compulsif, le syndrome Gilles de la Tourette et les troubles délirants.

«Ils peuvent être causés par l'ennui, l'excitation ou une frustration», explique le chercheur, qui est également professeur au Département de psychiatrie à l'Université de Montréal.

Ces contractions musculaires et involontaires des muscles peuvent être légères (simples chroniques) – tels le toussotement ou le clignement des yeux – ou complexes, comme se ronger les ongles jusqu'au sang. Il existe également des tics du langage, qui poussent par exemple une personne à émettre des sons répétitifs avec sa langue.

Trop c'est trop = tic
Au Québec, environ 8% de la population est aux prises avec des troubles de tics et 20% sont affectés par des désordres d'habitudes (manies et tous types de tics confondus); le syndrome Gilles de la Tourette touche environ 1% de la population. «Les tics semblent aujourd'hui plus fréquents parce qu'ils étaient considérés auparavant comme de simples traits bizarres de personnalité», précise le Dr O'Connor.

En fait, le trait marquant chez les personnes qui ont des tics est le perfectionnisme quasi obsessif, de même que la fâcheuse tendance à l'hyperactivité. Elles ne souffrent pas d'un quelconque dérèglement neurologique mais comme l'indique le chercheur du CRFS, «la zone de leur cerveau qui est responsable du déclenchement de l'action est suractivée parce que ces gens entreprennent trop ; ils choisissent le mauvais mouvement et sont incapables d'inhiber la réponse».

On peut également déceler l'apparition de tics chez les enfants, mais ceux-ci ne devraient pas susciter d'inquiétude – à moins qu'ils se multiplient – puisqu'ils sont généralement voués à la disparition bien avant la puberté.

Ces mouvements inutiles ne sont pas des actes autodestructeurs mais leur répétition peut engendrer de la tension et une diminution de l'énergie. Comme elles n'ont rien de bien élégant, les contractions musculaires peuvent éroder l'estime de soi.

La volonté en béton ne peut parfois rien contre les tics. La thérapie cognitivo-comportementale, mise au point par le Dr O'Connor – et parfois la médication – améliore la situation de près de 70% des personnes aux prises avec les tics. «Nous tentons de repérer les situations à risque pour trouver la cause, par exemple en encourageant la personne à mieux gérer ses émotions. Nous devons aussi l'aider à n'utiliser que les muscles pertinents et nous prescrivons différents exercices "psycho-physiologiques"», explique le chercheur.

Septembre - Octobre 2009
par Josée Descôteaux

Source: Centre de recherche Fernand-Séguin: http://www.hlhl.qc.ca/recherche/la-recherche/les-chercheurs/kieron-oconnor.html-










Mots clés pour cet article
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