Votre demeure est-elle devenue un gîte de passage?

Déclin du temps passé en famille

La soupe refroidit dans votre bol. Vous brûlez d'envie de raconter les péripéties de votre journée à votre amoureux mais vous devez aider votre aîné à compléter son devoir de français car il y a entraînement de soccer après le souper. Il faut donc s'empresser de quitter la table, mais voilà que votre bambin accapare votre attention en jouant avec son assiette. Et papa qui est retenu au travail!...

Impression de déjà-vu… ou plutôt, de déjà vécu? La scène est éloquente puisque la durée moyenne du repas du soir est passée de 60 minutes en 1986 à 45 minutes en 2005 (au Canada). Repas souvent expédié ou avalé en une ou deux «phases» (l'un des deux parents rentre plus tard par exemple), mais aussi fréquemment intégré dans le «multitâches».

En fait, le moment des repas n'est pas le seul que les familles escamotent plus ou moins sciemment; de 1986 à 2005, les travailleurs canadiens passaient en moyenne 4,2 heures par jour à faire diverses activités – ludiques ou non – avec leur conjoint, leurs enfants ou d'autres membres de leur famille. En 2005, ce nombre moyen est passé à 3,4 heures, ce qui constitue une diminution d'environ 45 minutes.

Ces données fort révélatrices du mode de vie nord-américain proviennent de l'étude Le temps passé en famille lors d'une journée de travail typique, 1986 à 2005, réalisée en 2007 par Statistique Canada et publiée dans Tendances sociales canadiennes.

«Les travailleurs consacrent plus de temps à leur travail rémunéré et aux activités qui y sont reliées, ce qui inclut notamment le temps pour s'y rendre et pour en revenir», souligne Martin Turcotte, chercheur à Statistique Canada et auteur de l'étude.

Non seulement les travailleurs vaquent-ils moins longtemps à des occupations en famille mais ils consacrent davantage de temps aux activités solitaires, précise M. Turcotte. Ainsi est-il quasi révolu le temps où l'on s'attroupait en famille devant le petit écran... La famille dans un cul-de-sac? Le client est roi: le télétravail, les horaires rotatifs ou atypiques et les heures supplémentaires qu'imposent les entreprises empiètent également sur le temps passé en famille, signale-t-on dans une étude sur la conciliation travail-famille réalisée par l'Institut Vanier sur la famille. Qui plus est, un nombre grandissant de couples doivent prendre soin aussi de leurs vieux parents.

«Les gens doivent se poser des questions sur ce qu'ils font du temps à leur disposition», estime Martin Turcotte.

L'édifice de votre emploi du temps s'écroulera si vous en extirpez une brique? Pourquoi ne pas l'ériger en un autre mode? Le recours à l'aide domestique ou «l'impartition» des tâches ménagères aux membres de la famille, ou la tolérance face à un certain désordre constituent de bonnes stratégies pour le réaménagement de votre horaire.

Couler dans le béton le souper EN FAMILLE deux ou trois jours par semaine ou alors s'offrir un tour de table pour que chaque convive raconte une parcelle de sa journée peut s'avérer également salutaire pour le ciment familial.

Statistique Canada réalise son étude tous les cinq ans: un retour du balancier en 2012, avec l'espoir d'un bol de soupe chaude dégusté sans moult interruptions?

Mars – Avril – Mai 2009
par Josée Descôteaux

Source: On peut consulter l'étude de Martin Turcotte en se rendant à l'adresse suivante: http://www.statcan.gc.ca/bsolc/olc-cel/olc-cel?catno=11-008-X20060079574&lang=fra