Le marché des cosmétiques bios et naturels

Dossier : comment discerner le vrai bio

Depuis quelques années, la tendance bio déferle sur les produits agricoles et alimentaires; aujourd’hui elle concerne aussi le marché très lucratif du cosmétique.

Les produits cosmétiques naturels et biologiques arrivent en force sur le marché. Réservés antérieurement à quelques magasins spécialisés, on les retrouve maintenant sur les tablettes des pharmacies et magasins à grande surface. La difficulté pour les consommateurs consiste à discerner le vrai bio du biomarketing. Quelles sont les normes qui régissent ces produits? L’efficacité est-elle la même? À qui puis-je faire confiance? Est-ce seulement du marketing? Autant de questions que nous allons aborder et tenter d’éclaircir dans ce dossier.

Un cosmétique, par définition, s’applique sur l’épiderme. La différence entre un cosmétique et un médicament est justement le fait que le cosmétique ne doit pas dépasser la barrière cutanée. Plusieurs études indépendantes ont démontré que des molécules chimiques entrant dans la composition des cosmétiques «traditionnels» dépassaient cette barrière et n’étaient pas sans danger pour la santé. De là, la nouvelle tendance des cosmétiques bios.

Qu’est-ce qu’un cosmétique bio?
C'est un produit composé d'ingrédients issus de l'agriculture biologique et qui doit répondre à certains critères. Il ne doit pas contenir de pesticides, d'herbicides chimiques, de fertilisants de synthèse, d'arômes artificiels, d'additifs de synthèse, de colorants artificiels, de paraffine, de silicone et de conservateurs chimiques. Il répond aux normes de transformation. Les ingrédients agricoles ne doivent pas provenir de semences OGM. De plus, dans le cosmétique biologique, les produits ne peuvent pas avoir été testés sur les animaux. Seuls les ingrédients issus de la production animale et qui n’ont aucun effet sur leur santé, comme le miel, sont autorisés.

«Naturel» et «bio» quelles sont les distinctions?
Produits pour le corps, le visage, les cheveux, les déodorants, le maquillage, tous inondent le marché avec de nouvelles appellations. Plusieurs produits sont étiquetés «naturels» et confondent ainsi l’acheteur. Les principales différences entre un produit bio et un produit naturel sont le pourcentage d’ingrédients de culture biologique. Un produit naturel en contient autour de 50% tandis qu’un produit bio doit en contenir 95%.

Qui peut apposer le logo «bio» sur ses produits?
L'emploi du terme «biologique» est régi par des organismes de certification privés. Il n’existe aucune norme gouvernementale au Canada ni dans la plupart des pays. Pour apposer le label d’un de ces organismes, les ingrédients utilisés doivent être issus de l'agriculture biologique et le produit doit être exempt de composants chimiques. Au Québec, le gouvernement par le biais du CARTV (Conseil des appellations réservées et des termes valorisants) vérifie les ingrédients agricoles et les produits doivent répondre aux normes de la transformation. D’ici la fin de l’année, des normes gouvernementales régiront les produits alimentaires et agricoles biologiques, mais toujours pas les cosmétiques.

Recherchez le logo d’un organisme de certification reconnu
Peu importe le pays d’où provient votre cosmétique, et bien que les critères ne soient pas régis par le gouvernement, plusieurs certifications privées sont reconnues et respectent les principes de l’appellation «Biologique». On peut donc s’y fier!

Ecocert, un organisme de contrôle et de certification de labels Bio, nous explique ses normes:
  • Depuis 1996 et dans 85 pays, Ecocert est un label reconnu dans les produits cosmétiques.
  • Pour obtenir le label «écologique» ou le label «biologique», 95% des ingrédients utilisés doivent être d’origine naturelle.
  • De plus, pour le label écologique, 50% des ingrédients végétaux doivent être certifiés biologiques et les ingrédients biologiques doivent représenter au minimum 5% de la formule totale.
  • Pour le label biologique: 95% des ingrédients végétaux doivent être certifiés biologiques et représenter au moins 10% de la formule totale.
La spécificité d’Ecocert par rapport aux autres certifications bios est que le pourcentage affiché sur l’étiquette est le pourcentage réel de bio sur le total de la formule, alors que beaucoup d’autres certifications calculent le bio sur la formule en excluant l’eau et les sels.

Une fois la partie ingrédients et formule validée, le site de production est audité une fois l’an. Les points contrôlés sont la traçabilité, les procédés de fabrication qui doivent être respectueux de l’environnement, la recyclabilité des matériaux de mise en boîte (packaging), le système global de qualité de l’entreprise et la gestion environnementale (gestion des rejets, déchets, énergie). L’étiquetage des produits est également rigoureusement contrôlé pour assurer au consommateur une information correcte. Le logo Ecocert sur un produit est la preuve que sa fabrication a été contrôlée depuis l’origine des matières premières jusqu’à la distribution du produit fini.

Est-ce que tous les produits bios sont certifiés?
Certains produits sont biologiques sans pour autant être certifiés par un label. Le coût élevé, le temps parfois long avant l’obtention du label freine les entreprises, surtout les petites productions, à faire les démarches. Apprendre à bien lire les ingrédients et surtout à reconnaître les «indésirables» demeure une excellente solution.

On entend beaucoup parler de parabènes, qu’est-ce que c’est?
Les parabènes sont des conservateurs chimiques employés dans une majorité de cosmétiques pour éviter la prolifération de bactéries et de champignons. Les plus courants sont: méthylparabène, éthylparabène, propylparabène et butylparabène. Ils sont utilisés depuis plus de cinquante ans dans les cosmétiques. En 2006, on pouvait en trouver dans plus de 80% des produits de beauté.

Le Dr Philippa Darbre, chercheur en Angleterre, travaille avec ses collègues sur une étude déterminant le lien entre les parabènes et le cancer du sein. Sur 20 tumeurs analysées, 18 contenaient des parabènes dans les tissus mammaires cancéreux. Alors que les produits cosmétiques doivent traiter l’épiderme, les parabènes dépassent la barrière cutanée et s’infiltrent dans le corps. Malgré ce cri d’alarme, on en retrouve dans la majorité des produits, sous plusieurs appellations.
Recherche du Dr Darbe: http://www.ams.rdg.ac.uk/Staff/academic2/Dr%20Philippa%20Darbre.htm

Une vidéo d’une journaliste française qui date de trois ans, mais plus que jamais d’actualité, a éveillé la conscience des consommateurs et fait bouger, tranquillement, les compagnies cosmétiques.
http://video.google.com/videoplay?docid=-7349347010109755080#

Un cosmétique sans parabènes ou conservateurs ne dure que quelques jours, au réfrigérateur et dans des conditions idéales. De plus en plus consciente des effets à long terme possibles des substances chimiques utilisées, l’industrie cherche à les remplacer par des molécules naturelles ou biocompatibles. En attendant le changement complet, apprenez à reconnaître les noms des produits non désirables et évitez-les!

Un autre groupe d’ingrédients inquiétants, les phtalates
Les phtalates sont un groupe de produits chimiques, en fait, les plastifiants le plus communément utilisés dans le monde. Ils ressemblent à l’huile végétale pure et ont peu ou pas d’odeur. Très prisés pour leur flexibilité, leur durabilité, leur longévité, et ce, à un coût peu élevé, ils ne sont pas tous employés comme plastifiants. Différents phtalates sont utilisés pour éviter que le vernis à ongles ne s’écaille et dans les parfums pour en prolonger la tenue.

Concernant les produits cosmétiques, la présence de phtalates est une source d’exposition supplémentaire, car la migration des phtalates dans les graisses du corps humain se fait par contact cutané direct. Quant à la présence dans la liste d’ingrédients, la réglementation varie; l’Union européenne interdit l’utilisation du DEHP dont le potentiel toxique est le plus élevé, alors que le Canada demande à ce que tous les produits cosmétiques soient étiquetés pour informer le consommateur sur la présence ou non de phtalates. Les plus répandus : DEHP, DBP, DINP, DIDP et BBP. Le cri d’alarme étant lancé, plusieurs marques commencent déjà à réduire la quantité de phtalates utilisées dans leurs formules ou cherchent à les remplacer.

Existe-t-il d'autres ingrédients controversés dans les produits de beauté?
Les déodorants sont sous la loupe, contenant pour la majorité du sel d’aluminium. Plusieurs études sont en cours pour vérifier si un lien existe entre l’aluminium et le cancer du sein. Les hormones placentaires, les muscs synthétiques et certains autres composants chimiques font l’objet de recherche quant à leur effet sur la santé à long terme.

Et le maquillage?
Au XVIIe siècle, les fards sont préparés par des apothicaires ignorant ce qui donne des migraines, gâtent le teint et abîment les yeux. Les blancs (pour le teint) et les rouges (pour la bouche) n'étant pas composés de substances animales ou végétales, mais fabriqués à partir de soufre, de mercure, on comprend pourquoi ces malheureuses souffraient tant de migraines et de démangeaisons. Ces mauvais traitements justifient pleinement que bon nombre de femmes souffraient de «vapeurs».

Les fards à cette époque sont dangereux: à l'origine de nombreuses allergies, ils causent parfois même des empoisonnements. Totalement absorbés par l'épiderme, ils altèrent la peau, la cautérisent et l'irritent chroniquement: ils provoquent un teint blafard et des rides précoces. Par exemple, les fards blancs sont préparés à base de plomb. Or, le plomb absorbé par la peau passe dans le sang où il opère sourdement, lentement… C'est sur le système nerveux que se manifestent les premiers troubles: les forces déclinent, la sensibilité diminue puis surviennent des contractions, des spasmes, des convulsions épileptiques et souvent même des signes de ramollissement du cerveau.

Aujourd'hui les compagnies utilisent des produits bios compatibles qui évidemment n’abîment plus l’épiderme ; au contraire, plusieurs produits de maquillage sont maintenant traitants. Encore là, selon les marques, il faut en vérifier les ingrédients.

Les produits cosmétiques non bios peuvent-ils être dangereux?
Tous les cosmétiques vendus au Canada doivent être conformes aux dispositions de la Loi sur les aliments et drogues et au Règlement sur les cosmétiques, régis par Santé Canada.

Depuis novembre 2006, tous les ingrédients des cosmétiques doivent être mentionnés sur l'étiquette extérieure par ordre décroissant de prédominance. Les parabènes sont faciles à repérer puisqu'ils apparaissent généralement sous leur propre nom, les plus utilisés étant les parahydroxybenzoates (ou parabènes) de butyle, d'éthyle, de méthyle et de propyle. En ce qui concerne les phtalates, c'est plus difficile, car ils sont souvent cachés sous l'appellation de «parfum» ou de «fragrance».
http://www.hc-sc.gc.ca/cps-spc/person/cosmet/ingredient/index-fra.php

Quels renseignements doivent figurer sur les étiquettes de cosmétiques?
Selon Santé Canada, encore là, l'étiquetage est soumis à la Loi sur les aliments et drogues, au Règlement sur les cosmétiques ainsi qu'à la Loi et aux Règlements sur l'emballage et l'étiquetage des produits de consommation.

Pour être conformes à leurs exigences, les étiquettes des cosmétiques doivent porter les indications suivantes:
  • l'identité du produit, soit son nom commun et sa fonction, en français et en anglais. La quantité nette, en unités de mesure métriques;
  • le nom et l'adresse du fabricant ou du distributeur;
  • des avertissements, mises en garde ou directives particulières, en anglais et en français, lorsque nécessaire, afin d'utiliser le produit sans danger.
Et l’efficacité dans tout ça?
À la base, on achète un cosmétique pour tous les bienfaits promis : rajeunissement, hydratation, diminution de la couperose, des capitons, etc.

La formulation d’un produit est la résultante d'un mélange de différentes matières premières, conduisant à l'obtention d'un produit «formulé» homogène, stable, dont les propriétés correspondent aux bienfaits finaux que l’on veut promouvoir.

Composition d’un cosmétique:
  • Excipient: substance neutre qui véhicule les principes actifs et qui en permet l’absorption.
  • Actifs: ingrédients, d’origine naturelle ou synthétique, en activité.
  • Additifs: modifient l'aspect, la texture et la viscosité du cosmétique.
  • Agents conservateurs: ils évitent la contamination, par bactéries ou champignons.
  • Parfums: servent à masquer l'odeur de certains ingrédients et à en rendre l’utilisation agréable.
  • Colorants : donnent la couleur que l’on désire au produit.
Est-ce qu’un cosmétique «traditionnel» est plus efficace qu’un autre qui serait bio? La question n’est pas là. Le pourcentage des ingrédients actifs et le savant mélange de ces ingrédients, voilà le secret ! Il est aussi primordial de savoir ce qu’on attend d’un cosmétique et de reconnaître les besoins de notre peau. Un produit, fut-il parmi les meilleurs, ne sera pas efficace si ce n’est pas ce dont notre épiderme a besoin!

Combien coûte un cosmétique bio?
Comme dans les produits «conventionnels», il existe différentes gammes de produits naturels et bios. Les ingrédients de base sont parfois plus dispendieux, par contre les gammes bios dépensent moins pour le marketing et la diffusion du nom et de l’image qui coûtent souvent une petite fortune. Le prix payé est donc plus près de la réalité.

Quelques sites à consulter:
Santé Canada: http://www.hc-sc.gc.ca/index-fra.php
La page précise à la réglementation des cosmétiques: http://www.hc-sc.gc.ca/cps-spc/person/cosmet/ingredient/index-fra.php
Ecocert: http://www.ecocert.com
Vidéo: http://video.google.com/videoplay?docid=-7349347010109755080#
Dr Darbe: http://www.ams.rdg.ac.uk/Staff/academic2/Dr%20Philippa%20Darbre.htm

Septembre – Octobre 2008
par Odile Chevassus










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