La sexologie… sans tabousUne pratique loin d'être impudique...
S’il est courant de faire appel à une aide professionnelle quand le moral est bas, moins évident de consulter lorsque c’est la santé de notre sexualité qui cause problème… Regard sur une pratique… loin d’être impudique.
Entre amis et collègues familiers, il n’est pas rare de causer thérapie ou de référer un bon psy. Peu d’entre nous, cependant, osent vanter les services d’un sexologue et confier leur intention d’y faire appel. Considérée à tort comme un terrain de performance, notre sexualité aurait-elle l’interdiction de s’avouer, même temporairement, moins ardente? «Il y a souvent un sentiment d’échec à suivre une thérapie. Ça donne l’impression d’être incapable de réussir sa vie sexuelle. Pourtant, ce n’est pas à moi de dire comment faire l’amour. Les personnes trouvent leur chemin elles-mêmes», explique la sexologue Julie Pelletier. L’animatrice et chroniqueuse bien connue du public comprend néanmoins les réticences suscitées par les séances privées. «Les gens pensent qu’ils vont devoir tout révéler. Comme la sexualité est un domaine intime, il y a la peur d’être jugé.» Lors d’une visite… Dans un climat exempt de comparaisons, la sexologie clinique adapte plutôt son approche au gré des besoins. Ainsi, le praticien peut aider à mettre le doigt sur un malaise ressenti ou encore répondre à une demande précise. À titre d’exemple, Julie Pelletier confie avoir déjà reçu la visite de conjoints souhaitant discuter d’échangisme avant d’en tenter l’expérience. «Un couple d’octogénaires désirait aussi avoir quelques trucs pour que Madame puisse mieux vivre sa sexualité en solo», illustre la clinicienne, confirmant du même souffle que la suggestion de jeux érotiques ou de positions sexuelles fait également partie de la pratique. De telles rencontres permettent parfois aux questionnements intimes de trouver un éclairage nouveau. «Certains ont des doutes qu’ils souhaitent vérifier: une femme évitait les fellations par crainte de recevoir de l’urine dans la bouche. Je lui ai expliqué que c’était impossible», relate l’auteure de Le guide de l’épanouissement sexuel. Les clients peuvent même ramener quelques exercices à la maison. Visant à stimuler la discussion, ces derniers revêtent par moment un caractère inattendu, comme respecter une interdiction de rapports sexuels durant une période définie (pour faire mousser le désir?). À deux, c’est mieux! Comme la sexualité se vit bien souvent à deux, les consultations en couple sont généralement suggérées. «Si le partenaire est là, on double nos chances de réussite, car il s’agit souvent d’une question de dynamique», précise simplement Julie Pelletier. Loin d’être en reste, les célibataires peuvent de même puiser quelques outils intéressants dans la sexologie. Une période de tête-à-tête avec soi favorise d’ailleurs un recul sur sa sexualité. «Il n’est pas rare de recevoir des hommes qui ont connu des dysfonctionnements érectiles à l’intérieur d’une relation et qui souhaitent les régler avant de s’engager dans une autre.» Trouver les bons maux… Si les difficultés érectiles et l’éjaculation rapide sont des motifs de consultation répandus chez les hommes, les femmes, quant à elles, se tournent plutôt vers la sexologie en cas de pannes de désir. Devant certains symptômes, la spécialiste recommande tout de même un bilan médical complet. La sexologie étant, rappelons-le, d’une aide limitée quant aux problèmes d’ordre physiologique. Les séances en cabinet privé semblent toutefois porter souvent leurs fruits. En effet, plusieurs décideraient de poursuivre les rencontres entre six mois et un an, durée moyenne d’une thérapie. Il demeure bien sûr possible de rencontrer un sexologue pour deux ou trois rencontres seulement. … Et le bon sexologue La profession de sexologue n’étant pas régie par une corporation, il vaut mieux s’assurer que la personne consultée possède une maîtrise en sexologie clinique (il existe, dans le domaine, d’autres types de diplômes). À titre de référence, les membres de l’Association des sexologues du Québec (http://www.associationdessexologues.com) seraient tous détenteurs d’une maîtrise en sexologie clinique. Avant de trouver le professionnel qui nous accompagnera, encore faut-il savoir quand consulter. «Dès l’instant où quelque chose vous chiffonne dans votre vie sexuelle et que ça dure depuis plus de six mois», estime Julie Pelletier. Et exit la perception fausse d’être démuni: «L’objectif de la thérapie est l’autonomie.» Qui va chez le sexo? Plus nombreuses que les hommes chez le sexologue, les femmes ont aussi davantage tendance à initier les consultations en couple. Les choses semblent cependant sur le point de changer. «Il y a quelques années, la proportion était d’environ 80% de femmes et 20% d’hommes. Aujourd’hui, c’est plus 60/40%», observe Julie Pelletier. Si elle évalue la moyenne d’âge de sa clientèle à environ 35 ans, la clinicienne souligne que les groupes varient selon la spécialisation du thérapeute (la clientèle adolescente ou aînée, par exemple). Mai – Juin – Juillet 2008 par Geneviève Dumais |



S’il est courant de faire appel à une aide professionnelle quand le moral est bas, moins évident de consulter lorsque c’est la santé de notre sexualité qui cause problème… Regard sur une pratique… loin d’être impudique.