Poids santéUne grosse affaire, le poids santé!
Quotidiennement, les médias s’agitent et bégaient: attention, danger extrême, le Québécois engraisse, le Canadien devient obèse. Le voisinage s’inquiète : me semble que Jeanne Tardif est bien trop grosse. Histoire d’un groupe ostracisé.
D’ accord: le gros n’est pas à la mode. Et il ne peut se berner ou nous tromper. Pas depuis quelques années. Pas depuis l’IMC, l’indice de masse corporelle. L’opération mathématique est simple : votre poids en kilogrammes est divisé par le carré de votre taille [poids en kg] ÷ [taille en m2]. Le total arrive à moins de 24,9: vous êtes normal. De 25 à 29,9 : vous êtes en excès de poids. À 30, vous êtes obèse. Jeanne Tardif montre un IMC de 31. De fait, courte sur pattes, elle est plutôt carrée, diriez-vous poliment. Son taux de cholestérol est parfait. Elle ne montre aucun signe de diabète. L’hypertension ? Connaît pas. En fait, Jeanne Tardif fait deux cents pompes par jour et elle lève des haltères. Et comme les muscles sont plus lourds que la graisse… Votre cousine Geneviève défonce allègrement le 30. Vous le disiez à votre mère, hier : Geneviève a les mains comme des raquettes de squash. Justement, elle joue au squash, au moins quatre fois par semaine. Et avec de vraies raquettes. Pas l’ombre chez elle d’un début d’excès de cholestérol ou d’hypertension. Son cœur bat au rythme de son enthousiasme. On ne parle pas chez elle d’indices de diabète : nihil, rien. Nous connaissons tous des femmes enrobées, des hommes plus ronds, qui, choyés peut-être par une bonne hérédité, en tout cas en forme et heureux dans leur peau, vous feraient voir leurs talons sur une piste de course et n’arrêtent d’ailleurs plus d’enterrer leurs amis plus minces. Comme quoi si les chiffres ne mentent pas, ils ne disent pas toute la vérité. D’accord, l’IMC demeure le marqueur de surpoids le mieux corrélé avec le risque de complications liées à l’obésité. Et l’individu, inactif ou habité par de mauvais gènes, aura tort de l’ignorer. Mais peut-on cesser de montrer d’un doigt accusateur et dédaigneux qui n’entre pas dans le moule étroit et inconfortable de la mode à tout prix ou de l’alimentation par les graines seulement. Un esprit sain dans un corps (enrobé et) sain La société ne harcèle ni ne ridiculise autant le maigrichon habité par le cholestérol et courbé par l’ostéoporose que son voisin rond, peut-être en meilleure santé ou aussi habité par la maladie ou en passe de l’héberger. Elle ne l’invite pas avec autant d’insistance et de début de mépris dans les éditoriaux et tribunes téléphoniques à se prendre en main. Le surpoids causé par l’inactivité, les mauvaises habitudes alimentaires, doit être traqué, annihilé. Il en va de la santé d’un peuple. Mais ne sautons pas à la conclusion hâtive et erronée que surpoids et même légère obésité égalent à tout coup goinfrerie, paresse, manque de forme, maladie, encombrement des urgences, explosion des coûts de santé et diminution de l’espérance de vie. Paraphrasons Yvon Deschamps : vaut mieux être (un peu) gras et en santé que maigre et malade. Ne balançons pas pour autant l’IMC qui, malgré son inutilité de l’enfance à la période adulte et sa relative faiblesse dans des cas d’exception, demeure la mesure la plus fiable de la surcharge pondérale née des mauvaises habitudes de vie ou d’une hérédité pesante, et de ses lourdes conséquences, notamment le diabète et ses mauvais compagnons, l’hypercholestérolémie et l’hypertension. P.-S. Ce texte n’avait pour but que d’alléger le débat autour de la nouvelle grosse affaire, l’obésité montante du Canadien, l’annonce anticipée de son engraissement tous azimuts et de sa prochaine déliquescence physique à moins que… Oui, à moins que tout le monde se calme et appelle une non-tragédie une non-catastrophe. Sus à la malbouffe, bienvenue et rebienvenue à la marche santé, au repas santé, à la pensée santé. Gare à qui crie au loup, y compris les ayatollahs de la minceur imposée. Jeu questions-réponses L’obésité n’est pas l’état idéal. La malbouffe et le manque d’exercice, qui souvent l’induisent, sont bien sûr à proscrire. Comme d’ailleurs les diètes amaigrissantes rapides, évidemment inefficaces ou même dangereuses pour la santé. Guère plus de 25 % des Québécois souffrent de réel embonpoint, mais plus de 50 % veulent maigrir, et vite, sans programme et sans efforts réels. Maigrir ? Oui, en cas d’important surplus de poids. Mais de façon douce. Et que pour mettre toutes les chances de son côté. Les affirmations qui suivent concernent surtout l’alimentation. Elles sont vraies ou fausses. Voyez votre résultat. Le jeu ne devrait pas être indigeste. 1. Une bonne façon de manger moins est de consommer des aliments qui ne plaisent pas au goût. 2. Un truc infaillible: ne jamais manger à sa faim. 3. Boire deux litres d’eau par jour fait maigrir. 4. Plusieurs petits repas par jour valent mieux que les trois repas réguliers. Réponses 1. Faux. Qui peut d’ailleurs tenir un tel régime? Vous voulez essayer quand même? Les chances de réussite sont beaucoup plus minces que vous le serez. 2. Faux. Un truc infaillible, oui… pour abandonner toute envie d’améliorer son poids et son état de santé. Habitudes de vie saines n’égalent pas torture. 3. Faux. L’eau prise en quantité suffisante hydrate, avec tous les bénéfices que cela comporte. Mais l’eau ne fait pas maigrir. 4. Ni vrai, ni faux. Rien n’empêche de remplacer les trois repas réguliers par cinq repas moins substantiels. Mais la quantité d’aliments ingérés en cinq repas ne doit pas dépasser la quantité réservée à trois repas. Octobre – Novembre 2007 par Jacques Lafontaine |



Quotidiennement, les médias s’agitent et bégaient: attention, danger extrême, le Québécois engraisse, le Canadien devient obèse. Le voisinage s’inquiète : me semble que Jeanne Tardif est bien trop grosse. Histoire d’un groupe ostracisé.