Quand le sida ne fait plus peurS'habituer même au VIH
Chaque jour, onze personnes sont infectées par le VIH-sida au Canada. Pourtant, ce mal toujours endémique ne fait plus peur. Une médication de plus en plus efficace et l'habitude de côtoyer la maladie nourriraient cette banalisation du VIH-sida.
Depuis l'arrivée de la trithérapie en 1996 et grâce à ses gains continus en termes d'efficacité et de dosage, cette méthode de lutte contre les micro-organismes pathogènes (qui peuvent provoquer une maladie) a fait du VIH-sida une maladie chronique de longue durée, plutôt que la très mortelle affection qu'il était. L'espérance de vie à 20 ans des séropositifs s'est beaucoup améliorée, passant à 63 ans dans les pays développés, bien qu'elle soit toujours plus basse de 17 ans que celle des séronégatifs. La trithérapie n'est pas un médicament, mais un traitement, comme le dit le terme (tri = trois; thérapie = traitement). Pour maximiser l'efficacité du traitement, les chercheurs ont jumelé plusieurs médicaments pour attaquer le virus du sida. Depuis peu, le médicament ainsi créé libère les molécules de ses composantes par intervalles réguliers, de sorte qu'une seule prise de médicament par jour est maintenant possible. Les séropositifs devaient, avant, prendre jusqu'à une vingtaine de médicaments quotidiennement. Mais reste toujours une espérance de vie diminuée, et des effets secondaires invalidants. En 2007, on a estimé à plus de 33 millions le nombre de personnes vivant avec le VIH-sida, à travers le monde; à 2 millions et demi le nombre de nouveaux cas, et à un peu plus de deux millions le nombre de décès dus au sida, la même année. Un pays aussi informé sur les dangers du sida et sur les façons de le prévenir que le nôtre n'échappe pas à une certaine désinformation ou à la culture du déni. Plus de quinze mille Québécois et près de soixante mille Canadiens étaient séropositifs en 2006. Ce n'est pas banal. Les hommes et les femmes hétérosexuels représentaient, en tant que groupe, 30,9% des tests positifs pour le VIH en 2005. Les femmes forment 20% des personnes vivant avec le VIH-sida au Canada. Nous savons, ou devrions savoir que l'indifférence ou l'arrogance n'endorment pas le VIH-sida et que les gens qui sont abonnés à la trithérapie antisida sont toujours porteurs du virus, que seul un vaccin réussira à enrayer, comme le souligne le Dr Bhagirath Singh, directeur scientifique de l’Institut des maladies infectieuses et immunitaires des Instituts de recherche en santé du Canada. «Nous devons nous réjouir du fait que nous disposons de médicaments, que les gens vivent conséquemment plus longtemps et qu’il y a de l’espoir. Mais il est primordial de fournir à la population l’orientation nécessaire pour continuer à repousser les frontières à explorer (…).» Janvier – Février – Mars 2009 par Jacques Lafontaine Source: Les Instituts de recherche en santé du Canada; l'Organisation mondiale de la Santé; Actualités en épidémiologie sur le VIH/sida; Santé Canada; la Société canadienne du Sida; COCQ sida |

Chaque jour, onze personnes sont infectées par le VIH-sida au Canada. Pourtant, ce mal toujours endémique ne fait plus peur. Une médication de plus en plus efficace et l'habitude de côtoyer la maladie nourriraient cette banalisation du VIH-sida.